A mi-course, tout reste à faire !

Ce soir, Eilean devrait passer le premier en dessous des 1 400 milles de l’arrivée à Saint Kitts… A moins que Xarifa ne lui grille la politesse. Car depuis le départ, la goélette à trois-mâts ne cesse de faire le yoyo au classement entre la première et la cinquième place, phénomène révélateur… de son poids : en-dessous de 15 nœuds de vent, elle peine à faire glisser ses 378 t de déplacement (que l’on peut comparer aux 8,5 t de Bryell II). Mais lorsque le vent se lève et qu’elle peut établir ses 1 386 m2 de voilure (que l’on peut aussi comparer aux 68,5 m2 de Bryell II), elle fait parler sa puissance et avale les milles. Avec des prévisions qui indiquent une certaine stabilité dans les alizés soutenus, avant un nouveau ramollissement, le match pour la « line honours », ce concept so british valorisant le premier à franchir la ligne, sans considération pour le temps compensé, reste très ouvert.

Et d’autres concurrents de la Panerai Transat Classique 2019 pourraient bien vouloir se joindre à la partie, car il faut noter un resserrement des positions depuis 24 heures et un rapprochement de Stiren, Coch y Bondhu, qui défend bec et ongles sa position de leader en temps compensé, et Hilaria. Toujours dans leurs sillages, Glen Maël et Bryell II se livre à un mano a mano intense, alors que Lys, toujours en délicatesse avec ses systèmes de communication, cherche à recoller au groupe intermédiaire. Cette accélération semble aussi avoir redonné l’envie d’écrire aux marins (lire Les Mots de la mer ci-dessous ou sur les blogs des participants), en particulier ceux d’Aramis qui, malgré un retard conséquent et quelques – légères – avaries, gardent tout leur humour et se moquent – gentiment – de « Pépé », leur skipper. Ce sobriquet doit être vu comme un hommage puisque c’était aussi le surnom donné par ses équipiers à Eric Tabarly, excusez du peu. C’est aussi cela l’esprit yachting.

 

Classement en temps réel au 18/01 à 12h00 (UTC+1)

1- EILEAN    1454,1 mn jusqu’à l’arrivée
2- XARIFA    à 7,6 mn du leader
3- STIREN    à 32,2 mn du leader
4- COCH Y BONDHU        à 45,6 mn du leader
5- HILARIA   à 78,0 mn du leader
6- GLEN MAEL        à 119,3 mn du leader
7- LYS           à 127,7 mn du leader
8- BRYELL   à 128,7 mn du leader
9- ARAMIS   à 474,6 mn du leader


LES MOTS DE LA MER

Bryell II

« P’tite donnée météo avant de décoller.

L’alizé est maintenant bien établi et va se renforcer pendant 2-3 jours entre 20 et 30 nœuds avant de repasser à 15 nœuds puis remonter à nouveau. Des grains sont fortement probables, dont l’intensité est toujours aléatoire, et demandent une attention toute particulière des équipages. La mer doit normalement être bien rangée car houle d’Est. Celle est parfois perturbée par une houle de NW si de fortes dépressions passent au nord, ce qui n’est pas le cas actuellement. L’alizé devrait tenir jusqu’à l’arrivée, mais ce n’est qu’une prévision. Si tel est le cas, on peut commencer à prédire l’arrivée du 1er autour du 25 janvier. Ces alizés soutenus font la joie de Xarifa qui semble tenir une moyenne de 10 nœuds, à confirmer dans les heures à venir. Allez hop !, je raccroche, ça va décoller.

La biz. »

 

Hilaria

« Les choix tactiques sont difficiles. Nous avons envoyé le tacticien en tête de mât pour nous venger. Nous naviguons dans un vent d’E à NE 15/25 nœuds, mer formée et nombreux grains durant la nuit. Le frais est terminé, mais il nous reste de quoi faire l’apéro tous les jours jusqu’à l’arrivée Le spectacle est magnifique. »

Aramis

« Petit résumé de notre journée du 14. Pour la bonne compréhension du sujet, Capt’ain Christian, huit fois grand-père, sera surnommé « Pépé ». Après « Martine fait des gâteaux », je vous propose la série « Pépé fait du bateau ». 14/01/2019 : galère totale. Rupture de la drisse de spi en début de matinée. Voile à l’eau. Il a fallu réparer avec les moyens du bord car si Pépé, très prévoyant, a bien pensé à la farine et à la levure pour le cas où on manquerait de pain, il n’a pas pris de drisse de secours (sans doute à cause du poids… un fléau en compétition). Il avait bien quelques bouts de ficelle, mais ça n’a pas fait la rue Saint-Michel. On a alors tenté une épissure. Pépé avait le fil… mais pas les aiguilles (le poids, toujours le poids…) et au brico du coin, ils étaient en rupture (les salauds !). Finalement, on a réduit la drisse qu’on a renvoyée en pied de mât et treuillé notre coéquipier Thomas en tête dudit mât pour repasser la fameuse drisse dans la poulie. Maintenant, on hisse sans winch. Pas grave vu qu’on est costauds. Ps : moyenne lamentable car pas de vent, mais qu’est ce qu’on s’est amusés avec notre petit bricolage qui nous a occupés tout au long de la journée…

Rétablissement de la vérité après avoir soumis ce résumé à la censure de Pépé : Pépé, qui a tenu le rôle principal dans « the optimist » n’a pas jugé utile de s’équiper d’une drisse de secours car il a fait réviser le gréement avant de partir et, je le cite (il aime les parallèles, c’est un marin), « un câble d’accélérateur ne casse jamais sur une voiture neuve » (il aime aussi un peu les rimes, mais c’est pas toujours évident). J’ai bien tenté de lui parler de la roue de secours, mais il ne partage pas mon analyse. Comme il s’énerve parfois un peu vite, j’ai préféré en rester là. Étienne (le fils de Pépé) »

Aramis (second message)

L’équipage fête actuellement son record : 72 heures sans soucis technique ! Durant la nuit de mercredi à jeudi, voyant le vent monter, nous avons par précaution remballé le parasailor et décidé de continuer sous GV et génois. Il semble que nous ayons bien fait. La nuit fût mouvementée avec une forte houle sur notre arrière : l’équipage a eu du mal à dormir. Faut dire qu’avec ses 11 mètres, notre bateau a une facile tendance à se transformer en manège à sensations fortes. Au petit matin, un empannage et hop !, on ressort le parasailor ! Un vent allant de 12 à 15 nœuds, une moyenne de 6.3 nœuds sur la journée, des pointes à 8 nœuds et un cap direct sur St-Kitts, bref la journée est bonne. Le tout en passant entre les grains et les averses. On espère pouvoir continuer comme ça sur quelques jours ! En attendant, on surveille le ciel et on regarde les déferlantes autour de nous ! Bonne navigation à tous ! »