À qui perd gagne

Les prochaines 24 heures peuvent s’avérer, sinon décisives, pour le moins importantes. Après plusieurs jours à se positionner comme des pions sur le grand échiquier de l’Atlantique, les concurrents de la Panerai Transat Classique espéraient tous pouvoir développer leur stratégie et mettre mat leurs adversaires. Mais le dieu Eole, taquin en diable, a décidé de secouer le plateau océanique et de redisposer à sa guise zéphyrs, aquilons et alizés.

Dans le Nord, les belles vitesses affichées par Xarifa n’auront, hélas pour la grande goélette, pas duré longtemps. Elle doit maintenant piquer franchement au Sud pour se recaler sur la route de Saint Kitts, mais en laissant une partie de la flotte se glisser devant elle.

Au milieu, la situation de Stiren, Glen Maël et Hilaria n’est pas non plus des plus favorables avec un peu de navigation au près. Pour les leaders, Glen Maël et Stiren, il faut négocier au mieux cette zone pour ne pas se laisser déborder par le Sud.

Proches des 20° de latitude Nord, quatre yachts évitent pour l’instant les perturbations et continuent de filer vers les alizés. Le plus véloce d’entre eux, Eilean, peut se flatter de conserver une moyenne supérieure à 7 nœuds, mais Stefano Valento et son bel équipage mixte (trois des cinq femmes de la course sont à son bord !) composé de Valentina, Assunta, Natalia, Alfredo, Mauro, Federico, Valeriani et Daniele, devront batailler encore plus pour sauver un rating important et espérer la victoire en temps compensé.

Mais il est encore trop tôt pour y songer, d’autant qu’un redoutable duo est sur ses talons. Bryell II et Coch y Bondhu – qui se sont croisés ce matin au milieu de l’océan ! – maintiennent la pression et naviguent avec précision. Un peu en retrait, Lys va tout faire pour se joindre à la partie : actuellement sans moyens de communication, Philippe Monnet et ses Savoyards ne disposent pas de prévisions météo, mais l’expérience et le talent sont des atouts précieux. Décroché, mais pas battu, Aramis continue sa partition en solo, mais à partir du 16, le vent va revenir par l’arrière et pourrait relancer ce valeureux équipage ardennais. Oui, les prochaines heures sont capitales.

 

LES MOTS DE LA MER

 

Glen Maël

« Étrange rencontre avant hier sur Glen. A la tombée de la nuit, un orque imposant a surgi de l’eau à peut être 3 ou 5 m du tableau arrière. J’étais dans la descente en train de préparer le dîner et en suis resté pétrifié de stupeur. Immense nageoire dorsale dressée, la bête était là, effrayante dans la nuit. L’équipage réuni dans le cockpit en est resté muet quelques secondes. Nous nous sommes souvenus de Jonas of course, mais surtout du Guia de Giorgio Falk coulé par un banc d’orques lors du Triangle Atlantique. Tournée générale pour l’équipage pour dissoudre ce souvenir dans des breuvages à vocation joyeuse ! Nous nous sommes demandés par la suite si l’offrande de notre jambon Iberico serait une façon de convaincre ce prédateur des océans de nous épargner ! Les avis furent divergents : de la position radicalisée excluant le compromis – on ne touche pas au jambon ! – à une vision plus progressiste – le salut passera par le sacrifice et le compromis ! Le caractère politique de ces débats n’échappant à personne nous avons décidé de les tenir dans le cadre d’une association immédiatement crée : « Le Cercle de la morue joyeuse », au siège social flottant et temporairement localisé sur Glen Maël. Les fonds propres de l’association sont constitués de la cave à vin du navire ce qui, pour un connaisseur, est une donnée perceptible ! Pour le reste, nous pêchons (rien), la qualité gastronautique du bord atteint des sommets grâce au duo des chefs M&M* qui peuvent espérer une étoile de mer au futur guide gastonautique des Editions du Pen Duick. Les activités culturelles et scientifiques du bord ne sont pas oubliés : navigation astronomique et Proverbe du jour : « Astro casser la tête, elle éclate ». »

*Maxime et Marius, skippers sur les Pen Duick

 

Bryell II

« Avons croisé Coch y Bondhu ce matin. »

 

Glen Maël

« Hier, nous avons jeté à l’eau une bouteille contenant un message succinct résumant notre aventure, en laissant nos coordonnées dans le cas hypothétique où les courants feraient qu’elle parvienne un jour sur une plage. En cas de découverte par un jeune homme, qu’il s’abstienne de répondre… sauf s’il a une grande sœur. »

 

Stiren

« Hello ! Some news de la plage. Un peu de mal à prendre le rythme, mais la consigne étant on ne lâche rien, alors on n’a rien lâché… Comme tu peux le voir dans les tracks (NDLR : les traces sur la cartographie), on suit le vent et les nuages. Sinon, la garde de robe a été sortie et on est très génois en ce moment. Les spis ont défilé aussi, mais nous ne sommes pas encore sûrs de notre choix quand à celui que nous porterons pour les prochaines soirées. Des lumières de fou matin et soir, des poissons en tout genres – dauphins, marsouins, cachalots – et les oiseaux commencent à se montrer. Voilà des news des Stiren Boys. Bises à toutes et on te salue Fanfan. »

 

Glen Maël

« Le vin du jour : Vosne-Romanée Clos de la Fontaine 2007. Précieux et subtils tannins. Nez de myrtille et de réglisse. Une harmonie toute en douces vibrations. Nous pensons à un petit Herreshoff aurique qui est au ponton Tradition de la Nautique* : Le Lézard. »

*Société Nautique de Marseille

(NDLR : Sans remettre en doute les qualités organoleptiques du vin, ni les compétences œnologiques de l’équipage, une certaine rigueur yachtingo-historique oblige à signaler que les plans du Lézard sont signés du peintre Gustave Caillebotte, en 1891, et non du Sorcier de Bristol. Nous mettrons cette étourderie sur le compte soit des vapeurs éthyliques soit des fautes de frappe inhérentes aux soubresauts océaniques de Glen Maël.)